Ouverture du Parlement : La jeunesse ougandaise et la lutte pour l'engagement démocratique

Le Parlement ougandais est souvent perçu comme proche du peuple, mais dans les faits, il en reste éloigné. Des décisions sont prises, des politiques débattues, mais les citoyens se sentent rarement impliqués dans le processus. Pour Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques publiques (CEPA), ce manque de connexion n'est pas seulement une faille démocratique ; c'est une crise de gouvernance.
“ Ouvrir le Parlement au peuple signifie l’associer pleinement à ce qui se passe. Il s’agit de transparence, de responsabilité et de faire en sorte que les citoyens aient le sentiment que leur pouvoir d’agir compte au-delà du jour des élections. ”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)
Grâce au programme de surveillance parlementaire du CEPA, puis à l'arrivée de l'initiative Open Parliament menée par le réseau Magamba du Zimbabwe, Timothy s'est efforcé de combler ce fossé, en particulier pour les jeunes Ougandais, qui représentent près de 78 % de la population.
L'arrivée d'Open Parliament en Ouganda était opportune. CEPA avait déjà mis en place une plateforme numérique civique pour suivre l'activité parlementaire, mais Open Parliament a ajouté une dimension plus axée sur l'engagement des jeunes, rendant ainsi la gouvernance plus accessible.

Partant du constat que le discours politique traditionnel éloignait souvent les jeunes, l'initiative a repensé la gouvernance en l'adaptant à leur public : lives TikTok, vidéos explicatives Instagram, mèmes, infographies et courtes vidéos. Des partenariats avec des radios ont permis d'étendre sa portée aux zones rurales, garantissant ainsi que les discussions sur la gouvernance ne se limitent pas aux élites urbaines.
Hackathons, débats interuniversitaires et Journée nationale de la jeunesse Le Parlement a non seulement offert aux jeunes Ougandais des informations, mais aussi des plateformes pour dialoguer directement avec les dirigeants.
“ Les jeunes se sont réunis pour critiquer, exiger des comptes et partager des idées. Cela a démontré leur capacité à façonner le débat national. ”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)
Ce parcours n'a pourtant pas été sans embûches. Les acteurs étatiques, des ministères au Parlement lui-même, se sont montrés initialement sceptiques. Les demandes de comptes étaient souvent perçues comme une menace.
“ Quiconque entend le mot responsabilité pour la première fois pense que vous voulez vérifier le contenu de son panier. ”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)
Avec le temps, les dirigeants se sont toutefois montrés plus favorables à cette initiative, reconnaissant son intention constructive. Le CEPA et le Parlement ouvert ont veillé à rester impartiaux, en mobilisant des représentants de tout l'échiquier politique.

Le contexte politique lui-même présentait des risques. Timothy reconnaît que l'autocensure est parfois nécessaire dans le paysage instable de l'Ouganda.“ Vous êtes très attentif aux informations que vous diffusez. L'essentiel est de veiller à ce qu'elles ne soient pas partisanes et qu'elles servent les enjeux de gouvernance plutôt que des intérêts politiques. ”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)
Les restrictions imposées aux plateformes médiatiques ont complexifié la situation. Facebook reste interdit en Ouganda, privant ainsi un large public de jeunes. CEPA a réagi en s'appuyant sur TikTok, Instagram, X (anciennement Twitter) et WhatsApp pour maintenir les échanges.
Malgré les progrès accomplis, les obstacles demeurent considérables. L'accès à l'information reste limité, notamment pour les jeunes. Les mécanismes de dialogue entre les dirigeants et les citoyens sont insuffisants. La corruption continue de miner le pays, l'Inspection générale de la gouvernance estimant récemment les pertes annuelles à 10 000 milliards de shillings ougandais.

Ces défis persistent, mais ils offrent aussi aux plateformes comme Parliament Watch et Open Parliament l’occasion de redoubler d’efforts. Le pays a besoin de ces initiatives et nous ne pouvons pas les laisser tomber.”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)
Pour Timothy, l'avenir est prometteur, mais seulement si les acquis sont préservés. Il lance un appel vibrant aux partenaires au développement, à la société civile et aux citoyens :
“ Chaque centime investi dans ces initiatives contribue à la gouvernance. Il est important de continuer à les soutenir, non seulement pour de nouveaux succès, mais aussi pour préserver les acquis. Ces programmes sont essentiels pour l'Ouganda, pour l'Afrique et pour la démocratie dans le monde. ”Chemonges Timothy, directeur exécutif du Centre d'analyse des politiques (CEPA)